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ChatGPT et données personnelles : que faut-il éviter de partager ?

Vous voulez faire relire un CV, résumer un contrat, ou « nettoyer » un message client. Coller le texte dans ChatGPT est tentant : la réponse arrive vite. Mais ce que vous envoyez n’est pas un brouillon privé sur votre bureau. C’est une entrée traitée par un service en ligne.

Par Numa9 min de lecture

Numa démêle — IA et outils numériques

Vous voulez faire relire un CV, résumer un contrat, ou « nettoyer » un message client. Coller le texte dans ChatGPT est tentant : la réponse arrive vite. Mais ce que vous envoyez n’est pas un brouillon privé sur votre bureau. C’est une entrée traitée par un service en ligne.

Cet article ne promet pas un usage « sans risque ». Il aide à distinguer trois choses trop souvent mélangées :

  1. ce que dit le droit européen sur les données à caractère personnel ;
  2. des conseils de prudence (notamment ceux rappelés par la CNIL à propos des assistants numériques) ;
  3. ce que documente OpenAI sur ChatGPT (collecte et contrôles) — valable pour ce fournisseur, pas pour « toutes les IA ».

Les libellés d’interface et les options peuvent changer : vérifiez les réglages dans votre compte au moment où vous agissez.

1. Ce que l’on risque de révéler dans une conversation

Donnée personnelle : une notion large (RGPD)

Selon le règlement général sur la protection des données (RGPD), une donnée à caractère personnel est toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable — directement (un nom) ou indirectement (un identifiant en ligne, des données de localisation, un ensemble d’éléments qui permettent de reconnaître quelqu’un).

Dans une conversation avec une IA, cela peut inclure, par exemple :

  • un nom, une adresse e-mail, un numéro de téléphone ;
  • un CV avec parcours, employeurs, centres d’intérêt ;
  • un extrait de contrat avec parties, montants, clauses nominatives ;
  • des détails sur un proche, un collègue ou un client.

Ce n’est pas parce qu’une information paraît « anodine » qu’elle cesse d’être personnelle au sens du RGPD.

Données « sensibles » au sens juridique : un sous-ensemble

Le RGPD prévoit aussi des catégories particulières de données (article 9) — par exemple des informations qui révèlent l’origine raciale ou ethnique, des opinions politiques, des convictions religieuses, l’appartenance syndicale, des données de santé, ou encore des données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle.

Pourquoi on en dit souvent trop

La CNIL a illustré ce risque lors d’une expérience menée avec un assistant vocal utilisant l’intelligence artificielle. Les participants ont communiqué certaines informations personnelles au fil de l’échange, parfois sans mesurer tout ce qu’ils révélaient.

Les questions apparemment anodines, le caractère naturel de la conversation et l’impression de maîtriser l’échange peuvent favoriser ce partage spontané. Le même mécanisme mérite d’être pris en compte lorsqu’on multiplie les messages ou les pièces jointes dans un outil comme ChatGPT, même si l’expérience de la CNIL ne portait pas spécifiquement sur ce service.

La CNIL recommande notamment de limiter les informations transmises au strict nécessaire et d’éviter de communiquer des données sensibles ou intimes.

Ce constat de prudence n’est pas, en soi, une obligation légale. Il aide à anticiper le réflexe de sur-partage.

2. Les informations à éviter de partager telles quelles

Voici des types d’informations qu’il vaut mieux ne pas coller telles quelles dans ChatGPT (compte grand public), sauf nécessité claire et cadre adapté :

  • Identifiants et secrets — mots de passe, codes, clés API, numéros de carte, IBAN.
  • Santé et vie intime — compte rendu médical, diagnostic, détails très personnels vous concernant ou concernant autrui.
  • Données d’autrui sans besoin — fichier RH, liste de clients, échanges privés de collègues.
  • Documents internes d’entreprise — stratégie, chiffrage non public, code source propriétaire, incidents de sécurité.
  • Pièces d’identité / justificatifs — scans de documents officiels, numéros complets.

La CNIL, dans ses conseils relatifs aux assistants, insiste notamment sur le minimum nécessaire, et sur le fait d’éviter de confier des données sensibles ou intimes (santé, coordonnées bancaires, mots de passe). Traitez cela comme une recommandation de prudence, pas comme le texte d’une loi recopié.

Pour un usage professionnel, demandez-vous aussi si votre organisation impose déjà un outil validé (offre entreprise, règles internes). Les comptes ChatGPT « grand public » et les espaces Business / Enterprise n’ont pas les mêmes politiques documentées.

3. Précautions pour documents personnels et professionnels

Avant de coller un document, posez-vous quatre questions :

  1. Puis-je anonymiser ? Remplacer noms, adresses, montants exacts, logos clients par des placeholders (`[NOM]`, `[CLIENT]`, `[MONTANT]`).
  2. Ai-je besoin du document entier ? Souvent, un extrait ou une reformulation manuelle suffit.
  3. Qui est concerné ? Un CV vous concernant n’est pas la même chose qu’un dossier client ou le dossier d’un salarié.
  4. Quel est mon objectif ? « Améliorer la clarté d’un paragraphe » demande moins de matière qu’« analyse ce contrat complet ».

Un exemple concret : reformuler un e-mail client

Imaginons que vous souhaitiez faire reformuler un message sur un retard de livraison. Au lieu de coller l’e-mail original avec le nom du client, celui du salarié, le numéro de commande et des conditions commerciales confidentielles, vous pouvez transmettre une version minimisée :

Bonjour, nous rencontrons un retard sur la commande `[COMMANDE]`. Pouvez-vous m’aider à rédiger un message professionnel pour prévenir le client et proposer une nouvelle date de livraison ?

Vous obtenez l’aide à la rédaction sans exposer l’identité des personnes ni les détails internes inutiles à la reformulation. C’est exactement l’esprit de la minimisation : garder l’objectif, retirer le superflu.

Autres gestes concrets (conseils Numa démêle, pas des obligations légales) :

  • CV : retirez adresse postale complète, téléphone et photo si ce n’est pas indispensable à la relecture.
  • Contrat : travaillez sur des clauses types anonymisées plutôt que sur le PDF signé.
  • Document client : ne collez pas la pièce jointe brute ; résumez le besoin sans données nominatives.
  • Notes de santé : évitez l’outil grand public ; parlez-en dans un cadre de soin approprié.

4. Ce que documente OpenAI sur les contrôles de ChatGPT

Les points ci-dessous s’appuient sur la documentation d’aide OpenAI (contrôles des données et conversations temporaires). Ils concernent ChatGPT / OpenAI, pas l’ensemble des services d’IA. Les menus et options peuvent varier selon le compte, l’offre et l’espace de travail : vérifiez l’interface au moment où vous agissez.

« Améliorer le modèle pour tout le monde »

  • Dans Paramètres → Contrôles des données (libellé pouvant varier), vous pouvez désactiver l’option qui permet d’utiliser vos conversations pour entraîner les modèles.
  • Lorsque cette option est désactivée, les nouvelles conversations ne sont pas utilisées pour améliorer les modèles d’OpenAI. Elles peuvent néanmoins rester dans votre historique.
  • La documentation précise également que si vous transmettez un feedback sur une réponse (par exemple un pouce positif ou négatif), la conversation associée peut être utilisée pour l’entraînement, même après désactivation de l’option générale.
  • Les options exactes dépendent du fait d’être connecté, du plan, et éventuellement des réglages d’espace de travail.

Conversations temporaires

Selon la documentation d’OpenAI, une conversation temporaire :

  • n’apparaît pas dans l’historique habituel des conversations, tant qu’elle reste temporaire ;
  • n’est pas utilisée pour améliorer les modèles ;
  • ne crée ni ne met à jour de souvenirs ;
  • peut néanmoins utiliser les souvenirs existants et les instructions personnalisées si la personnalisation est activée ;
  • peut être conservée par OpenAI jusqu’à 30 jours à des fins de sécurité.

Si vous souhaitez éviter l’utilisation de vos souvenirs existants et de vos instructions personnalisées, choisissez le mode temporaire non personnalisé avant d’envoyer votre premier message. Si vous enregistrez ensuite la conversation, elle devient une conversation normale et suit les paramètres applicables à votre compte.

Les restrictions du compte et de l’espace de travail peuvent toutefois prévaloir sur ce choix de personnalisation : ce réglage n’est pas un contrôle absolu.

Ces options ne garantissent pas la confidentialité absolue des informations transmises.

Autres points utiles

  • Mémoire / personnalisation et entraînement des modèles sont des contrôles distincts.
  • Sur certains plans grand public, export de données et suppression de compte sont documentés dans les contrôles des données (pas toujours en libre-service sur les espaces gérés par une organisation).
  • Pour certains espaces professionnels ou éducatifs gérés (dénominations et conditions susceptibles d’évoluer selon l’offre OpenAI), la documentation indique en principe que le contenu du workspace n’est pas utilisé par défaut pour entraîner les modèles grand public. Vérifiez toujours la politique de votre organisation et la page officielle applicable à votre offre au moment de l’usage.

5. Checklist avant chaque envoi

Cochez mentalement avant de coller quoi que ce soit :

  1. Ai-je retiré mots de passe, secrets et identifiants ?
  2. Ai-je minimisé noms, coordonnées et détails d’autrui ?
  3. Le document contient-il des données de santé ou d’autres informations particulièrement sensibles ? Si oui, évitez de les transmettre telles quelles à un service grand public. Vérifiez d’abord si un outil adapté et un cadre autorisé existent, notamment dans votre organisation ou dans le contexte de soin concerné.
  4. Puis-je reformuler ou anonymiser plutôt que coller le fichier brut ?
  5. Ai-je regardé les contrôles des données (entraînement) et, si besoin, démarré une conversation temporaire — en choisissant le mode non personnalisé si je ne veux pas réutiliser souvenirs et instructions existants ?
  6. Suis-je sur un compte / espace adapté à un usage professionnel ?
  7. Ai-je accepté que même avec des réglages prudents, le risque n’est jamais nul ?

6. En résumé

ChatGPT peut être utile pour reformuler, structurer ou explorer une idée. Le piège est de traiter la fenêtre de chat comme un carnet personnel.

  • Le RGPD rappelle qu’une large gamme d’informations peuvent être des données personnelles, et que certaines catégories sont particulièrement protégées.
  • La prudence (minimiser, anonymiser, éviter le sensible) complète le droit ; elle ne le remplace pas.
  • Les contrôles documentés par OpenAI méritent d’être connus et vérifiés dans votre interface, sans être pris pour une garantie absolue.

En cas de doute : ne collez pas. Reformulez. Demandez conseil à votre organisation si le document est professionnel.

Sources et références

  1. [1]
  2. [2]
  3. [3]
  4. [4]
    OpenAI Help — Contrôles des données dans ChatGPT

    Point feedback → entraînement relu sur cette page le 21 oct. 2026 (FAQ « Que se passe-t-il si j’envoie des commentaires… »).

  5. [5]

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